- Généralités
- Documents
- Exclusion d’Augustin Rouvière de l’école confessionnelle – 1859
- Plainte de M. Boudoussier – 1862
- Plainte contre M. Boudossier – 1870
- Enfants trop jeunes à l’école – 1899
- Fermeture de l’école de Valescure – 1901
- Demande au maire d’un peu de mobilier – 1901
- Demande de réparations – 1911
- Épreuves du certificat d’étude – 1940
- Photographies
- Hommage aux « hussards noirs de la république »
1. Généralités
1.1. L’enseignement en Lozère vers 1900
En 1900, l’enseignement était partagé entre l’école publique et les écoles confessionnelles.
- Pour l’école publique on comptait, en Lozère, 8 cours complémentaires, 783 écoles, il n’y avait que 2 écoles maternelles et 14 internats.
- Pour l’école privée : 104 écoles, 12 maternelles et 56 internats.
En 1881 à la suite de la loi de Jules Ferry instituant l’école gratuite et obligatoire, jusqu’à l’âge de 13 ans de nombreux villages demandent l’ouverture d’une école. C’est le cas de Valescure, de Saint-Jean du Bleymard, du Bonnetés… Les copies de deux démarches concernant les villages de Valescure et de Saint-Jean sont visibles ci-dessous.


1.2. Les écoles de la commune du Bleymard
A – Les écoles publiques- présentation
A.1 – Les écoles du Bleymard et de Saint Jean
Jusqu’à la fin du 19ème siècle la commune ne disposait que de deux écoles : celle du chef-lieu et celle de St Jean. Au Bleymard, l’école primaire était logée, à l’origine, dans la maison Balez, rue de la Campanade. En 1891, suite à la loi de 1886 instituant la laïcisation de l’enseignement, elle est transférée place de l’église (face, à 2 mètres, de l’abreuvoir à bestiaux – naoucho), et au dessus du foirail (actuel gîte municipal) d’où les frères sont délogés. Elle abritait deux classes et employait donc deux instituteurs.
Plus tard, le cours complémentaire, installé dans l’ancien hôpital, amenait les élèves de la 6ème jusqu’au Brevet avec deux professeurs.
- Les classes étaient vétustes mais propres. (1 fois par mois tables et bancs étaient nettoyés, au papier de verre par les élèves). L’école primaire ne disposait pas de cour de récréation. Entre les cours les élèves se dispersaient sur la place de l’église, terrain pentu et rocailleux, «la combe du Macar» et la forge du Devèze.
En revanche l’école de Saint-Jean très coquette est dotée d’une cour, éclipsait l’école misérable du chef-lieu.
Les enfants habitant le Bonnetès et Valescure étaient contraints de parcourir de longs kilomètres enneigés pendant des mois pour se rendre les premiers au Bleymard, ceux de Valescure à St Jean. Des rudiments essentiels de français (la langue usuelle était le patois) et de calcul étaient parfois dispensés par des jeunes filles à gages mais l’accès à l’enseignement étant presque nul et la proportion d’analphabètes dépassait les 50% (il n’existait pas, également, d’école catholique dans ce type de hameau). La 3ème République naissante s’attaqua à ce problème en l’associant à la laïcisation de l’enseignement.
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En 1880, dans cet esprit, il est projeté une école dans chacun de ces hameaux. L’évaluation des besoins, indiquée ci-dessous, permet de donner suite au projet. Le recensement effectué en 1882 en vue d’actualiser l’implantation scolaire dans la commune (création d’une école au Bonnetès) fait apparaître les données ci-dessous.
- Population totale commune : 678 (actuellement 377)
- Population totale du hameau Le Bonnetès : 49
- Nombre d’enfants de 5 à 13 ans de la commune : 155 (64 filles et 91 garçons)
- Nombre d’enfants de 5 à 13 ans du hameau : 17 (8 filles et 9 garçons)
- Nombre d’enfants de plus de 13 ans pouvant être scolarisés : 2
- Nombre d’élèves reçus par les deux écoles primaires :
- Élémentaires de la commune (Bleymard et Saint-Jean) : 206
- Nombre d’élèves que les deux écoles reçoivent en trop : 54
- Nombre d’élèves que l’école à créer accueillera : 19
- Source : Archives départementales – par J. Maurin
- Organisation scolaire Prévue
- École garçons du Bleymard : 86 places, 105 élèves, 2 maîtres
- 2 classes École filles du Bleymard : 40 places, 66 élèves, 2 maîtres
- 2 classes École mixte de Saint-Jean-du-Bleymard : 14 places, 19 élèves, 1 maître
- 1 classe École mixte prévue du Bonnetès : 12 places, 16 élèves, 1 maître, 1 classe
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A.2 – L’école du Bonnetès
- L’école du Bonnetès est créée par arrêté du 03 mars 1883.
- Le logement est défectueux, il se réduit à une pièce en mauvais état, insuffisant pour une famille de 7 personnes !
- L’Inspecteur conclut en préconisant l’agrandissement des locaux.
- La tuberculose au Bonnetès
- Le 09 février 1911, l’instituteur de Saint-Jean-du-Bleymard, Monsieur Massador, signale à l’inspecteur d’académie que l’instituteur du Bonnetès, M. Quet, est atteint de tuberculose.
- Sa sœur Mlle Massador, s’apprête à le remplacer, sous réserve de la désinfection préalable des bâtiments et du logement.
- Le 10 février 1911, l’Inspecteur informe le Préfet que M.Quet est malade depuis janvier et que l’école du Bonnetès est fermée.
- Il lui demande d’inviter le Maire du Bleymard à prendre les mesures de prophylaxie nécessaires.
- Le 16 février 1911, réponse du Maire, M. Ferrand, à l’inspecteur lui assurant que la désinfection des locaux serait effectuée dès le lendemain.
- Mlle Massador assurera donc le remplacement de M. Quet.
- Source : Archives départementales – par J. Maurin
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- Liste des enfants en 1933
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- Pour mémoire, voici la liste des enfants Scolarisés scolarisés et prévus dressée en en 1933 (Mlle Bonnet institutrice).
- Rouvière Clémence née 1917
- Rouvière Marie née 1922
- Peytavin Amélie née 1924
- Peytavin Michel née 1923
- Frès Marie Louise née en 1926
- Frès Odette née en 1930
- Frès Paul né en 1931
- Peytavin Emile née 1931
- Rouvière Marcelle née 1932
- A noter que 3 des 55 élèves étaient absents une partie de l’année pour «garder les vaches» tableau ci-dessous de Mlle Bonnet.(Mesure générale dans le département)
- Rouvière Clémence née 1917 Présence Décembre/avril
- Rouvière Marie 1922 : Novembre/ Juin
- Peytavin Amélie 1924 : Novembre/ Juin
- Frès Marie Louise 1926 : Toute l’année
- Peytavin Michel 1923 : Toute l’année
A.3 – L‘école de Valescure
- Le 02 décembre 1881, le Préfet informe l’Inspecteur d’Académie de la délibération du conseil municipal du Bleymard demandant la création d’une école à Valescure. J’ignore si cette demande a été suivie d’effet car le 26 novembre 1908 l’instituteur de Saint-Jean-du-Bleymard signale à l’inspecteur l’existence d’une école clandestine à Valescure et en demande la fermeture (cf. Fermeture de l’école de Valescure – 1901).
- Mais l’école publique de Valescure a bien existé, mon ami Henri Raynal y fit ses débuts et l’école fonctionnait encore durant les années

B – Historique, misère et résilience de l’école publique et des enseignants
En l’état de mes recherches, je ne trouve trace d’une école publique (école communale) que dans les années 1850 avec l’instituteur Boudoussier, ses tribulations avec les habitants (cf plus loin § 2 Documents 1,2 et 3) et en 1862 son excellente Monographie du Bleymard (cf : HISTOIRE -Monographie N°2)
L’énumération qui suit des correspondances (extraits et in extenso) illustre, sans qu’il soit nécessaire de les commenter, les difficultés rencontrées et la lutte des instituteurs pour y faire face et améliorer autant que possible l’efficacité de leur mission.
En 1874 l’école ne dispose que d’un seul instituteur, pour plus de 100 élèves, après la mutation à Grandrieu de son second, vraisemblablement M. Teissier.
1877 : CRÉATION LABORIEUSE D’UN POSTE
14 mars 1877 : lettre de l’adjoint au Maire faisant fonction, au Préfet
Il transmet et argumente le dossier de demande d’un deuxième maître, préparé par le Maire avant sa démission, au Préfet qui :
” …. en parcourant la longue liste des enfants qui fréquentent notre école de garçons, comprendra sans peine l’impossibilité où se trouve le seul instituteur de soigner tant d’élèves, et le besoin impérieux de lui donner un adjoint.
Il est vrai qu’il y a quelques uns de ces enfants qui n’ont pas encore 6 ans accomplis mais qu’il faut bien qu’ils soient admis dans une commune qui n’a pas de salle d’asile. Monsieur le Préfet voudra bien remarquer d’ailleurs pour ceux-ci comme pour ceux qui auraient dépassé l’âge scolaire, le plus grand nombre de ces enfants étant occupés durant l’été à la garde des bestiaux, et ne fréquentant les écoles que les quelques mois de l’hiver, il faut nécessairement reculer les limites d’âge pour leur admission aux écoles, si on tient à ce qu’ils puissent acquérir une instruction suffisante.
Vous serez assez bon Monsieur le Préfet, pour faire part de ces observations à Mr l’Inspecteur d’Académie qui ne peut manquer de se prêter de concert avec vous à la réalisation d’un vœu si légitime et d’une mesure si nécessaire pour la bonne instruction de nos enfants. ….
jointe à la lettre, liste des écoles et effectifs :
1° École communale de garçons tenue dans le bourg du Bleymard par le Père Pierre Barry, comprenant 100 élèves
2° École communale de filles tenue dans le même bourg par la Demoiselle Hélène Robert sans St Jean comprenant soixante élèves, comprenant 60
3° École communale mixte tenue dans le village de St Jean par le Demoiselle Carcasona comprenant Pierre Barry, comprenant (12?) enfants
4° et 5° Les petits enfants de Valescure et de Bonnetès au nombre d’environ vingt apprennent les premiers éléments d’instruction dans leur village de la part de deux jeunes filles à gages
joint à la lettre, un plan de l’école des garçons :
Comprenant 1 salle de classe, 1 plus petite destinée à la classe du maître adjoint, la chambre du maître, la cuisine, et notant une chambre dans les combles destinée au maître adjoint. Il est par ailleurs stipulé que la commune s’engage, une fois les travaux engagés pour l’Église terminés, à rehausser le bâtiment de l’école d’un étage.
4 mai 1877 : lettre de l’Inspecteur Primaire à l’Inspecteur d’Académie
Transmet le dossier de demande et y donne un avis favorable, en précisant que le village a une population de 575 habitants, et en argumentant le bien fondé d’accueillir et de compter les enfants au-delà des 6-13 ans.
11 avril 1877 : Délibération du Conseil Départemental de l’Instruction Publique
Vise la délibération du conseil municipal du 26 mai 1876, le nombre d’enfants, l’avis de l’Inspecteur d’Académie, et “….. décide qu’il y a lieu d’attacher un maître adjoint à l’école du Bleymard. “
18 juin 1877 : lettre du Ministre de l’Instruction Publique, des Cultes et des Beaux Arts, au Préfet en marge : non lieu
Il répond au Préfet qui lui a transmis la demande et rappelle que la circulaire du 9 août 1870 fixe à 80 le nombre d’élèves requis pour justifier la présence d’un 2eème maître, cet effectif ne devant comprendre que des enfants de 6 à 13 ans, à défaut la nomination est facultative et financièrement à la charge exclusive de la commune.
Il ramène ainsi le décompte transmis de 100 à 75 élèves, et la commune ne paraissant pas en état de couvrir la dépense, il n’approuve pas la création de cet emploi.
30 juillet 1877 : lettre de l’Inspecteur d’Académie au Préfet
Il rappelle que le Conseil départemental a décidé le 11 mai de créer cet emploi, cependant le Ministre a répondu le 18 juin négativement en ramenant les effectifs de 100 à 75.
L’inspecteur note que la situation a changé et renvoie le dossier avec une nouvelle liste d’effectifs.
17 août 1877 : lettre du Ministre de l’Instruction Publique, des Cultes et des Beaux Arts, au Préfet
A examiné à nouveau la demande, note que l’école remplit désormais les conditions requises et approuve donc la décision prise par le Conseil Départemental de l’Instruction Publique du 11 mai.
” ….. La dépense sera couverte au moyen des ressources énumérées à l’art. 14 de la loi du 10 avril 1867. … “
NDR : Pour créer un 2ème poste 80 élèves étaient nécessaires ! Certes pendant 6 mois la plupart étaient absents pour garder les vaches…
15 Août 1891 Brouillon du Préfet au Maire du Bleymard
Par un rapport en date du 9 août courant Monsieur l’Inspecteur d’Académie lui a signalé l’utilité de transformer en classe enfantine la 2eme classe élémentaire de garçons du Bleymard.
18 Octobre 1891 Délibération Conseil Municipal de la Commune du Bleymard
Le Maire a donné connaissance au conseil de la lettre de M. le Préfet en date du 15 octobre relative à la transformation en classe enfantine de la Première classe élémentaire de garçons au Bleymard, et a invité le conseil à donner son avis à ce sujet.
Le Conseil a déclaré s’abstenir d’en délibérer.
1er septembre 1892 : l’instituteur J. PEYTAVIN
La distribution gratuite des fournitures scolaires aux élèves pauvres a produit un excellent résultat.
Les fonds que j’ai à ma disposition ne me permettant pas d’acheter tous les livres indispensables, je serais très reconnaissant à l’Administration de vouloir bien m’envoyer, si possible, quelques histoires de France, quelques géographies et 3 ou 4 dictionnaires.
En même temps, je prie l’Administration d’avoir la bonté de ne pas m’oublier lors de la prochaine distribution des fonds affectée à la caisse des écoles.
19 octobre 1908 : l’instituteur ARZALIER
J’ai l’honneur de vous informer que Monsieur le Maire fait blanchir les salles de classe de l’école de garçons du Bleymard.
Ce travail, commencé jeudi 15 octobre, n’est pas encore terminé. Aujourd’hui, cependant, j’ai pu faire classe en réunissant les élèves dans une même classe.
13 septembre 1911 : l’institutrice MASSADOR
J’ai l’honneur de vous informer que, malgré de nombreuses démarches auprès de Mr le Maire, les réparations demandées pour mon école n’ont pas encore été faites.
Par contre d’importantes réparations qui étaient à la charge de la Commune ont été faites dans toutes les autres écoles.
Seul le blanchiment de ma salle de classe, qui incombe au propriétaire Médard, n’a pas été fait.
L’inertie de Mr le Maire me paraîtrait injustifiable si elle n’avait pour cause des raisons d’ordre politique.
En présence d’un tel état de choses, M. le Préfet ne pourrait-il pas, usant du droit que lui confère le bail, faire procéder d’office aux réparations les plus urgentes et cela aux frais du propriétaire ?
Je me permets de vous rappeler, à seule fin de montrer le bien fondé de mes réclamations, que certaines pièces de mon logement n’ont pas été blanchies depuis 1903 et que la salle de classe n’a pas été blanchie depuis 1906.
7 novembre 1915 : l’instituteur MAURIN
J’ai l’honneur de vous informer que le chauffage de la salle de classes de St Jean n’est pas assuré.
Monsieur Massador de retour au Bleymard depuis le 1er Novembre m’a promis de faire le nécessaire pour cela ainsi que pour la pose de 13 carreaux qui manquent.
Rien n’ayant été fait à ce jour, je vous en informe car notre situation n’est plus tenable.
NDR M. Massador, instituteur titulaire étant mobilisé est revenu au Bleymard en permission.
18 novembre 1915 : l’instituteur détaché à St Jean MAURIN
J’ai l’honneur de vous informer :
1° Que les carreaux des fenêtres de l’école de St Jean ont enfin été posés.
2° Que le poêle a été placé ; mais que le chauffage n’est pas assuré attendu que je n’ai ni bois ni charbon à ma disposition
L’adjoint faisant fonction de Maire est absent la moitié du temps.
Mr Massador en permission au Bleymard du 1er au 15 novembre s’est intéressé de fournir le bois nécessaire à l’école de filles du Bleymard mais il oublié probablement celle de St Jean.
Faire 7 kilomètres chaque matin dans la neige, arriver à St Jean les pieds mouillés jusqu’à la cheville ; être obligé d’attendre à 11 heures pour me chauffer et me sécher ; c’est un drôle de remède contre mes rhumatismes.
Les écoliers aussi grelottent et font triste figure.
15 mars 1918 : l’institutrice L. OSTY
J’ai l’honneur de vous informer que Mme Arzalier a besoin pour sa famille de la chambre qu’elle avait bien voulu mettre à ma disposition jusqu’ici.
Veuillez avoir la bonté d’intervenir auprès de la municipalité pour que j’obtienne un logement ou l’indemnité représentative avant Pâques.
Annotations en marge, brouillons de lettres en réponse par l’Inspecteur
1° par erreur, réponse à un courrier en parallèle de Mme Arzalier, d’où raturé
” Les (…?) Mme ne me permettent pas de vous absenter pendant toute la durée de la permission de votre mari. A titre exceptionnel je vous accorde 4 jours de congés du…. “
2° “Mlle Osty, sortie de l’école normale en août 1917, remplace au Bleymard M. Arzalier, instituteur mobilisé. Cette maîtresse a droit à un logement. D’autre par la Municipalité satisfait à ses obligations en fournissant au ménage Arzalier le logement en nature satisfaisant. La Préfecture pourrait intervenir auprès du Conseil municipal du Bleymard pour demander qu’on fournisse un logement supplémentaire pour Mlle Osty ou son indemnité représentative. “
22 mai 1918 : l’institutrice Mme. ARZALIER
J’ai l’honneur de vous rendre compte de ce qui s’est passé au sujet des réparations depuis votre venue au Bleymard.
Le secrétaire de Maire me dit que la délibération prise ne faisait pas mention des crédits alloués pour les réparations de l’école des garçons ; Cependant je savais par tous le conseillers que les fonds nécessaires pour refaire la cloison de la cave, le mur sous la toiture avaient été votés. Ne pouvant rien obtenir du secrétaire je vis le percepteur. Celui-ci m’assura que les 400 francs alloués pour réparations des écoles n’avaient pas même suffi à couvrir les dépenses faites. Il me fournit le tableau suivant :
En 1917 il a été dépensé pour l’entretien des écoles 400 fr
École des garçons : réparations au toit – 8 journées 70 fr
École de St Jean : réparations et blanchissage 90 fr
volets 177,05 fr
Bonnetès : réparations et blanchissage 46 fr
fournitures peintures etc 16,90 fr
Le percepteur me montra que les deux journées de manœuvre ayant travaillé à l’école des garçons avaient été payées 5 francs l’une – soit 10 francs.
Pour l’ouvrier maçon on y avait porté 6 journées à 10 francs l’une – soit 60 francs.
Surprise et indignée je me rendis à la réunion du Conseil, dimanche 19 mai. Je rappelai les promesses faites et je demandai ce qu’étaient devenus les 400 francs alloués. Le secrétaire rectifia aussitôt à 250 francs. Je montrai alors la note dont je vous ai donné copie et le secrétaire ne dit plus mot : j’étais documentée.
De plus j’offris de prouver, si ma parole ne suffisait pas, que l’ouvrier maçon comme le manœuvre n’avaient travaillé que 2 jours chez moi, à 10 francs par jour. Soit au total 10 + 20 = 30 francs dépensés à l’école des garçons. Personne ne contesta mes dires et l’adjoint faisant fonction de maire me dit textuellement en patois : ” Prenez tel ouvrier, montrez lui tout ce qu’il y a à faire et qu’il fasse tout quel qu’en soit le prix. “
Voilà réglée je pense, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, la question concernant mon logement. Mais le Conseil ne comprendrait pas la nécessité d’un plafond au dessous des salles de classe et je n’engagerai pas cette dépense de ma propre initiative. Cependant depuis que la halle (qui ne servait que d’entrepôt) a été transformée en abattoir, en écurie à chevaux et à cochons, en parlottes (pachios) en hiver, je n’ai plus le calme le silence qu’il faut pour travailler.
Je pense, Monsieur l’inspecteur d’Académie, qu’une demande de l’Administration serait accueillie favorablement si vous vouliez bien vous en occuper.
NDR : Le fait que le maire appartienne à la droite n’est pas sans rapport avec les difficultés et la combativité de Mme Arzalier se situant résolument à gauche.
C – L’école des frères et des soeurs
L’école des Frères se substitua à l’école publique après le départ de l’instituteur, muté greffier à Grandrieu en 1875.
Le frère Primitif et son adjoint le frère Aignan furent installés dans la maison communale … l’installation laissait à désirer, tout leur manquait … pendant 3 ans les frères n’eurent pour tout traitement que 1 898 F par an. La maison des frères fut toujours mal commode : dans le bâtiment scolaire se trouvaient : les classes, le logement des frères, la mairie et la justice de paix. Au dessous des classes la halle au blé puis au foirail. Le manque de ressources de la commune et de la paroisse expliquent cet état de choses d’autant qu’il fallait assurer la construction de l’église ( 1871 -1876 ).
La loi du 30 octobre 1886, créant la laïcisation des écoles, se traduisit par l’installation, en1891, de l’école publique dans le local communal. Les frères expulsés se réfugièrent au rez de chaussée de la maison Pelorjas et la maison Amouroux au Couderc (la “vicairie”) qui abritait également une forge. En 1898 la forge fut affermée à M. Augustin Devèze pour la somme de 60 fr. par an. Démolie depuis pour élargir le Couderc, il ne subsiste que le travail à ferrer, “ l’ènchiastrè“.
Je n’ai pas connu cette école mais mon oncle Albert me rapportera sa joie lorsque ses parents lui firent quitter cette école pour l’inscrire à l’école publique de M. Arzalier (ou Massador ?).
La prééminence puis le monopole de l’enseignement laïque, était complété, parfois contredit, par l’enseignement du catéchisme que nous prodiguait le curé Fraisse, tous les jeudis.
« Oh ! s’exclame Georgette, ces interrogations du dimanche matin à l’église au milieu de la messe ! »
Debout, sous le regard des parents et des voisins, nous devions répondre à la question posée par le curé Fraisse, censeur sévère qui exigeait une réponse complète, parfaitement articulée et audible.
Afin de prévoir la demande qui leur serait réservée, beaucoup comptaient les camarades qui les précédaient, sur le banc, pour jeter, furtivement, un regard sur le livret et se remettre en mémoire les réponses aux questions qui n’avaient pas, encore, été posées.
L’application progressive de la loi de 1886 sur la laïcisation (cf. documents ci-dessous), amena lentement la disparition de l’école des frères d’abord, des religieuses ensuite.
Le 7 juillet 1904 le Sénat approuve le vote de la loi sur la suppression de congrégations enseignantes autorisées. Le Bleymard est du nombre. La notification est faite le 13 juillet au soir par le brigadier de Gendarmerie.
Le 2 août, messe pour les bienfaiteurs de l’école.
Le 3 août les frères quittent le Bleymard pour toujours.
L’école des filles était installée dans l’actuel foyer (le couvent) qui fait suite à l’église. Deux religieuses se partageaient l’enseignement primaire. Elle recevait la quasi-totalité des filles du village (à l’exception de 3 familles ” Républicaines” , des filles des employés et de six pupilles de la nation). Lorsque je fréquentais l’école primaire, il n’y avait qu’une fille pour une trentaine de garçons : Ginette Maurin, à laquelle j’adresse rétrospectivement, toute ma compassion !
Elle subsista longtemps à l’école privée des garçons. Je pense qu’elle ferma définitivement au début de années 1950.
1.3. La laïcisation des écoles

La coexistence des deux écoles n’allait pas sans heurts et animosités entre les laïcs, minoritaires, et les « bien-pensants » car des deux cotés il fallait recruter un maximum d’élèves.
La loi GOBLET de 1886 fixe le cadre de la laïcisation. Mais ce n’est qu’en 1891 qu’elle se matérialise au Bleymard par l’expulsion des frères du local communal, place de l’église et l’installation dans ce local de l’école publique qui abandonne la maison Balez (les frères se relogent au rez de chaussée de la maison Pelorjas et à la vicairie qui abritait la forge Devèze aujourd’hui démolie)
Le 19 juillet 1903, en prévision de la laïcisation totale l’Instituteur du Bleymard, M. Peytavin, à la demande de l’académie, rapporte la situation de l’école chrétienne au cas où « l’école privée disparaissait »
Rapport :
- L’école des frères est créée en 1874 ou 1875
- Nombre de frères : 2 enseignants, 1 non enseignant
- Nombre d’élèves : environ 25 externes, 18 à 20 demi-pensionnaires
- L’école est gratuite
- Nombre d’élèves école publique : 16
- L’école publique serait-elle suffisante si l’école privée disparaît ? Réponse : oui
- Mesures à prendre (construction, création emploi, etc.) : néant
- Nombre de garçons d’âge scolaire de la section scolaire : 35
Il n’y aurait qu’à supprimer l’école enfantine qui n’est pas légalement créée : Mme Peytavin deviendrait alors mon assistante de fait.
La suppression de l’école privée est achevée en 1904 par l’expulsion des frères qui quitteront définitivement le Bleymard dès 1905.
Des deux cotés on s’en donnait à cœur joie : sarcasmes des prêtres, au catéchisme, contre l’école sans Dieu ; réflexions appuyées de l’instituteur lorsque l’élève, enfant de chœur, arrivait en retard parce que l’office s’était un peu prolongé…
Quelques exemples :
3 septembre 1903 : l’instituteur J. PEYTAVIN
D’après les renseignements qui viennent de m’être fournis par des personnes dignes de foi, il est certain qu’une école privée de filles sera ouverte au Bleymard en octobre prochain par d’anciennes congréganistes.
Dans le cas contraire, la commune serait forcée soit d’affermer un second local soit de faire construire.
Annotation en marge par l’Inspecteur du primaire à Langogne auquel l’inspecteur d’académie a transmis le courrier
Une affiche placardée par les services du Maire du Bleymard annonce à la population qu’une demoiselle Vieillevigne se propose d’ouvrir une école privée pour la rentrée d’octobre (renseignement fourni par M. Peytavin)
30 septembre 1900 – Le Bleymard – Laïcisation (Extraits)
(…) le Ministre de l’instruction publique a donné son approbation à la substitution d’un personnel laïque au personnel congréganiste de l’école publique des filles du Bleymard (…) Nous attendons la réponse de cette excellente et généreuse population du Bleymard (…)
(…) Nous attendons aussi la réponse des contribuables, lorsqu’on leur portera la note à payer des traitements de ces belles dames qui (…) toucheront un traitement double de celui des excellentes religieuses, tandis qu’elles n’auront pas d’élèves. Toutes ces chères enfants, sans exception, veulent rester fidèles à leurs anciennes maîtresses (…) Les protestations seront vaines, la juiverie (sic) et la maçonnerie y ayant opposé leur veto.
(…) À bas la tyrannie, vive la liberté !
le 13 septembre 1899
Monsieur le Directeur,
Je suis informé que vous recevez dans votre école des enfants de moins de sept et même de moins de 6 ans, alors qu’il existe une classe enfantine au Bleymard.
Vous enfreignez ainsi l’art. 36 de la loi du 30 août 1886, ainsi que l’art. 18 du décret du 18 janvier 1887 qui assimile les écoles privées aux écoles publiques pour les conditions d’âge des élèves à admettre.
Je pourrais donc vous faire poursuivre devant le tribunal correctionnel et demander contre vous l’application de l’art. 40 de la loi du 30 août 1886 qui prescrit, pour une première infraction, une amende de 100 à 1 000 F, plus la fermeture de l’école.
Je préfère user d’indulgence à votre égard et me contenter de vous avertir que, si une pareille infraction à votre égard était relevée de nouveau dans votre école, je serai dans l’obligation de sévir.
Je suis convaincu d’ailleurs que je n’aurai pas à user de rigueur et que dès la réception de ma lettre, vous vous empresserez de rendre à leurs familles tous ceux de vos élèves qui ont moins de sept ans.
Agréez, Monsieur le directeur, l’assurance de ma considération distinguée.
le 20 novembre 1908 L’instituteur public de Saint-Jean-du-Bleymard à Monsieur l’inspecteur d’Académie,
J’ai l’honneur de vous informer que l’école clandestine du hameau de Valescure reçoit une dizaine d’enfants dont six qui fréquentaient l’école de Saint Jean, l’institutrice est installée chez le sieur Blanc Justin.
…A mon avis, avant d’employer des moyens qui indisposeraient les habitants de Valescure à mon égard, il serait bon d’inviter l’institutrice dont il s’agit à fermer son école indûment ouverte …. (*)
signé : l’instituteur public Massador (vraisemblablement Louis)
(*) NDR : Bel exemple de rigueur et de courtoisie
Mais tout cela restait bien anodin, durant mon enfance, au moins, je ne me souviens pas avoir connu d’importantes « affaires », peut-être du fait que l’école publique détenait le monopole d’accueil des garçons et surtout en raison du grand esprit de tolérance de notre instituteur, M. Guin.
1.4. Addenda : Historique de l’école privée des garçons
L’école des Frères se substitua à l’école publique après le départ de l’instituteur, muté à Grandrieu en 1875.
J’ai pu récemment recueillir le long l’historique de cette congrégation dont je livre ci-dessous quelques extraits.
Ce cahier est très long (26 pages) et comporte de nombreuses digressions. Je n’en livre donc que des extraits restant à la disposition des lecteurs pour leur fournir copie du document original.
Historique de la communauté du Bleymard
J. M. J. Jean Baptiste de La Salle
La fondation de la communauté date de 1875, elle est due aux saints prêtres Victor et Maurice OLIER le premier curé doyen du Bleymard le second curé de St Jean du Bleymard
[voir, in fine, lettre d’installation de la communauté]
Les frères remplacèrent un instituteur laïque nommé greffier de la justice de paix à Grandrieu …
Le cher frère Primitif et son adjoint le frère Aignan furent installés dans la maison communale … l’installation laissait à désirer, tout leur manquait … pendant 3 ans les frères n’eurent pour tout traitement que 1 898 F par an.
[suit une liste de travaux]
Malgré les réparations la maison des frères fut toujours mal commode : dans le bâtiment scolaire se trouvaient : les classes, le logement des frères, la mairie et la justice de paix. Au dessous des classes la halle aux blé.
Cette description laisse penser que cette maison abrita plus tard – en 1891– l’école primaire laïque des garçons, et le restera jusqu’à la construction du groupe scolaire (vers 1955).
L’école où j’ai reçu les inestimables enseignements de Mme Raynal et de M. Guin abritait les mêmes services sauf la mairie et je me souviens qu’une trappe insérée dans le plancher de la classe de Mme Raynal donnait sur l’ancienne halle au blé devenue « le foirail ». Le bâtiment abrite aujourd’hui des gîtes communaux et la boucherie.
S’en suit une longue description des inconvénients dus à cette cohabitation dont j’extrais une pittoresque conséquence :
Les frères n’ayant pas de cave pour leurs pommes de terre et leur vin, le dessous d’escalier en tenait lieu [c’était également le cas à mon époque]. Pendant la classe certains enfants, trompant la vigilance du bon vieux Directeur, allaient quelque fois se désaltérer au tonneau, les frères buvaient ainsi les restes de quelques mauvais élèves. …
Nom des frères qui ont vécu avec le cher frère Primitif : Aignan, Agile, Achard, Adelman et Nil. …
En 1879 le cher frère Nil succéda au cher frère Primitif en qualité de Directeur.
[suit une longue description de fêtes somptueuses commémorant la béatification de saint patron de la communauté : Saint Jean-Baptiste de La Salle]
La loi du 30 octobre 1886 ordonnant la laïcisation de toutes les écoles publiques, l’école du Bleymard ne pouvait échapper à ses coups et le 1ᵉʳ octobre 1891 le frères durent remettre le local à un instituteur laïque (vraisemblablement M. Massador). Ce fut un coup terrible pour la population et surtout pour le bon M. Olier. …
Sans se décourager une école provisoire fut installée … dans la maison dite Pelorgeas et ne fonctionnera qu’en octobre 1892. [suit un long exposé des travaux de réparation et de l’acquisition de la maison de M. Amouroux (plus tard la vicairie)] Chacun apporta sa petite obole.
Comme toutes les œuvres de Dieu, l’école catholique eut à lutter contre sa rivale laïque. Le maire d’alors M. Ernest Rouvière essaya à plusieurs reprises de conseiller aux habitants de ne pas envoyer leurs enfants chez les frères. Ses conseils ne furent pas suivis, l’école des frères eut tous les enfants excepté ceux des employés.
[encore une longue description des cérémonies d’inauguration et des travaux d’amélioration, par exemple la construction d’une citerne]
En 1898 la forge Pelorgeas fut affermée à M. Justin Devèze pour la somme de 60 F par an [cette forge que j’ai bien connue a été démolie pour élargir la rue du Couderc. Il ne reste que « l’enchastré » sur lequel l’Augustin Devèze ferrait les vaches et le bœufs].
Les 10, 11 et 12 mai 1901 un Te-Deum solennel fut célébré en l’église paroissiale en l’honneur de St Jean-Baptiste de La Salle, récemment canonisé par le pape Léon XIII.
[suit un très long développement sur les cérémonies]
Le 7 juillet 1904 le Sénat approuve le vote de la loi sur la suppression de congrégations enseignantes autorisées. Le Bleymard est du nombre. La notification est faite le 13 juillet au soir par le brigadier de Gendarmerie.
Le 2 août, messe pour les bienfaiteurs de l’école.
Le 3 août Les frères quittent le Bleymard pour toujours.
Lettre d’installation de la communauté
ÉTABLISSEMENT DU BLEYMARD 1ᵉʳ janvier 1877
M. le Curé va pourvu en partie aux frais d’installation des frères au Bleymard, la commune a fourni la maison.
L’établissement a commencé par cinq frères. Leur traitement de 1 000 F fourni par le département.
L’école est très rapprochée de l’église paroissiale où les Frères et les élèves entendent, tous les jours, la sainte messe.
Les enfants paient le chauffage de leur classe.
Les frais d’entretien de la maison sont à la charge de la commune, de M. le Curé et des frères.
Il n’y a pas de jardin.
2. Documents
Les documents qui sont présentés, ci-dessous illustrent quelques aspects de la vie des écoles au Bleymard dans un passé plus ou moins lointain.
2.1. Exclusion d’Augustin Rouvière de l’école confessionnelle – 1859
On constate que l’indiscipline et l’incorrection ne sont pas l’apanage de notre époque, ni d’ailleurs le parti-pris de certains parents à l’encontre de l’instituteur.
C’est cet enseignant qui est l’auteur de la monographie du village, voir Monographie de Boudoussier – 1862.
Bleymard le 29 janvier 1859
Monsieur l’Inspecteur,
Je prends la respectueuse liberté de vous exposer qu’un de mes élèves, Rouvière Auguste, âgé de 16 ans passés, m’a donné jusqu’ici par sa mauvaise conduite et ses entêtements, les plus vives inquiétudes. Je croyais d’abord que cet enfant d’ailleurs gâté de ses parents, ne se montrait que dissipé, paresseux, mais après une observation assidue d’un mois et demi j’ai acquis la douloureuse conviction que le vice déborde dans le cœur du jeune Rouvière et qu’il est le poison de mon école .
Comme les remontrances, punitions, les mesures d’ordre, les moyens préventifs ne m’ont nullement réussi, vu qu’il se trouve doué d’un caractère inopinément opposé à tout moyen de répression et que ses parents secondent aussi en partie ses entêtements, puisqu’ils m’ont bravé en ce que la volonté de leur fils fut faite, j’ai demandé à M. le maire si je devais compromettre ma classe en souffrant cette brebis galeuse. M. le maire m’a répondu que des abus de cette nature devaient être réprimés et que je ne pouvais plus admettre dans mon école dans la décision de l’autorité supérieure, le jeune Rouvière qui par son inconduite ne fréquente l’école que 22 jours l’année classique, tandis qu’on fut obligé de l’exclure le reste de l’année.
Monsieur l’Inspecteur, à votre autorité autant qu’à votre bienveillance pour vous prier de vouloir bien prendre cet exposé en considération et de vouloir bien m’informer si le jeune Rouvière, exclu provisoirement d’après les ordres de M. le maire doit avoir une exclusion définitive que je désire d’ailleurs pour le bien être de ma classe.
J’ai l’honneur d’être avec un grand respect, Monsieur l’Inspecteur, votre très humble et très obéissant serviteur.
L’Instituteur du Bleymard, Boudoussier

2.2. Plainte de M. Boudoussier – 1862
Un instituteur libre, M. Boudoussier, insulté par deux Bleymardoises, demande à l’inspecteur d’académie son soutien auprès du ministère public.
On remarque :
- l’extrême déférence des termes
- le fait qu’à la réception de la lettre l’inspecteur se borne à mentionner en marge un unique regret : celui de constater que l’instituteur ait intenté une action sans son autorisation
- la décision du juge de paix, cosignée par le curé et le maire, se limitant à attester de la bonne vie et mœurs ainsi que de la probité du plaignant, sans allusion aux deux insultantes
Extrait
Bleymard le 16 mai 1862
Monsieur l’Inspecteur
J’ai l’honneur de vous exposer que le 14 mai, je passais tranquillement dans la rue du Bleymard … à peine entré dans la boutique de M. C…ier que … Victoire Devèze … tint des propos ironiques à mon encontre, cherchant à provoquer une dispute. Après avoir écouté 5 minutes, je sortais … mais je fus accosté par Sophie Martin, mère de Victoire Devèze.
En ce moment les deux femmes m’accablèrent d’injures et diffamations les plus atroces. Ma moralité, mes fonctions, ma réputation et mon honneur eurent beaucoup à souffrir … en présence de plusieurs personnes.
Il me répugne de vous énumérer de si graves injures, néanmoins les principales vu que je suis traité de voleur attendu que j’ai fait perdre tous les commerçants du Bleymard. Une autre injure attaque mes fonctions, tu es un maître d’école de m. et, tu n’apprends rien aux enfants, tu es un lanquin, qui dans la localité signifie mauvais sujet … ces attaques faites en préméditation … d’après l’avis de M. le juge de paix, assignation a été donnée aux deux femmes pour comparaître en police correctionnelle du tribunal de Mende, vendredi prochain.
Jusqu’ici les instituteurs ont eu beaucoup à souffrir de la part de certaines personnes …
Il y a un mois l’institutrice de St Jean fut injuriée mais, à défaut de preuves, elle n’a pu exercer des poursuites …
Au milieu de mes peines je viens vous supplier de bien vouloir m’accorder votre influence et votre protection auprès du ministère public … pour me faire rendre justice. Le jugement à intervenir … produira les résultats désirés en assurant la liberté de l’enseignement.
Ci-joint un certificat de moralité.
Daignez agréer l’hommage de mon respect et de mon entier dévouement avec lesquels je suis, Monsieur l’Inspecteur, votre très humble et très obéissant serviteur.
L’Instituteur du Bleymard, Boudoussier
Certificat de moralité
Nous soussignés Emile Laviniole, juge de paix, Jean Sicard maire, Portal curé du Bleymard … certifions que le sieur Boudoussier est de très bonne vie et mœurs, jouit d’une probité intacte et est digne par son aptitude, sa moralité et sa capacité de se vouer au service de l’instruction publique. …
En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour valoir à M. Boudoussier ce que de droit.
Le 18 mai 1862
Par ailleurs, il semblerait que ce religieux n’était pas en odeur de sainteté auprès des autorités, voir la suite…

2.3. Plainte contre M. Boudoussier – 1870
Plainte contre M. Boudoussier, déposée par quelques pères de famille qui lui reprochent.
- de donner des vacances abusives,
- de ne pas dispenser suffisamment d’instruction religieuse,
- d’être particulièrement violent « Auguste Buisson est arrivé, chez lui, avec une touffe de cheveux arrachée avec tant de violence que le cuir chevelu en fut détaché… »
Les plaignants demandent son déplacement en ajoutant (humour ?) que ce déplacement serait bon pour sa santé compte tenu du climat !
Je suis persuadé que c’est de ce frère, ou plus probablement, de son successeur, formé par lui, que mon oncle gardait des souvenirs cuisants.
Les soussignés pères de famille du Bleymard, Lozère, et dont les enfants fréquentent l’école des garçons, certifient que M. Boudoussier Étienne, instituteur communal au Bleymard, exerce ses fonctions avec une négligence très notable et préjudiciable aux familles.
Pour le moindre prétexte il donne vacance, c’est ainsi que, depuis le mercredi 24 janvier dernier jusqu’au samedi de la même semaine, il n’a pas fait de classe. Il l’a faite depuis le 31 jusqu’au vendredi 4 février, le soir seulement.
De plus, il ne s’occupe pas ou presque pas des enfants au-dessous de 9 ans, et l’instruction religieuse de ses élèves est si défectueuse qu’elle semble exclue de son école.
De plus, il lui arrive de maltraiter les enfants avec violence. Ainsi Auguste Buisson est arrivé chez lui l’année dernière, il avait 8 ans, avec une touffe de cheveux arrachés avec tant de violence que le cuir chevelu en fut détaché de l’os et forma pendant quelques temps une protubérance d’environ 3 centimètres de diamètre. Bruisson Auguste, soussigné le certifie, Julien Felgeyrolles soussigné certifie aussi, et il a des témoins que son fils Julien, âgé de 9 ans lui, est arrivé dernièrement de l’école, les épaules chargées de cheveux que lui avait arrachés l’instituteur après lui avoir donné une volée de coups de verges.
Pour ces motifs, les soussignés désirent vivement le changement de M. Boudoussier, d’autant que le rude climat du Bleymard en altérant sa santé, ne lui permet pas de faire régulièrement sa classe. Les secours qu’il a obtenus de la caisse de l’association mutuelle des instituteurs en font foi.
Fait au Bleymard le 20 février 1870

2.4. Enfants trop jeunes à l’école – 1899
Plainte de l’inspecteur d’académie contre le directeur de l’école privée qui reçoit des enfants de moins de 7 ans et qui termine sa lettre en espérant que le contrevenant « s’empressera de rendre à leur famille tous ceux de ses élèves qui ont moins de 7 ans ».
Bleymard
Mende, le 13-9-1899Monsieur le Directeur,
Je suis informé que vous recevez dans votre école des enfants de moins de sept et même de moins de 6 ans, alors qu’il existe une classe enfantine au Bleymard.
Vous enfreignez ainsi l’art. 36 de la loi du 30 août 1886, ainsi que l’art. 18 du décret du 18 janvier 1887 qui assimile les écoles privées aux écoles publiques pour les conditions d’âge des élèves à admettre.
Je pourrais donc vous faire poursuivre devant le tribunal correctionnel et demander contre vous l’application de l’art. 40 de la loi du 30 août 1886 qui prescrit, pour une première infraction, une amende de 100 à 1 000 F, plus la fermeture de l’école.
Je préfère user d’indulgence à votre égard et me contenter de vous avertir que, si une pareille infraction à votre égard était relevée de nouveau dans votre école, je serai dans l’obligation de sévir.
Je suis convaincu d’ailleurs que je n’aurai pas à user de rigueur et que dès la réception de ma lettre, vous vous empresserez de rendre à leurs familles tous ceux de vos élèves qui ont moins de sept ans.
Agréez, Monsieur le directeur, l’assurance de ma considération distinguée.
L’Inspecteur d’Académie
À Monsieur Cortial, Directeur de l’école privée du Bleymard.

2.6. Demande au maire d’un peu de mobilier – 1901
Le Bleymard, 1er juin 1901
Monsieur l’Inspecteur d’Académie,
Au début de l’année scolaire je vous ai informé que mon école était dépourvue d’armoire bibliothéque et de bureau.
Monsieur le Maire a reçu l’invitation de Monsieur le Préfet de vouloir bien pourvoir mon école de ce mobilier indispensable.
Aucune suite n’a été donnée à cette invitation. Aussi je viens vous exposer encore une fois mes besoins et vous prier de vouloir bien soumettre le cas à Monsieur le Préfet pour qu’il veuille bien mettre Monsieur le Maire du Bleymard en demeure de me fournir les objets demandés.
Les prix approximatifs sont :
- Bureau avec estrade : 20 francs
- Armoire bibliothèque : 40 francs
Total : 60Veuillez agréer, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, l’assurance de mon respectueux dévouement.
M. Arzalier, instituteur public
À Monsieur l’Inspecteur d’Académie à Mende.

2.5. Fermeture de l’école de Valescure – 1908
Dénonciation par l’instituteur de Saint-Jean, à l’inspecteur d’académie, de l’existence d’une école clandestine à Valescures.
Section de St Jean
L’Instituteur public de St Jean du Bleymard à Monsieur l’Inspecteur d’Académie à Mende.
J’ai l’honneur de vous informer que l’école clandestine du hameau de Valescure dont je vous entretenais jeudi dernier, reçoit environ une dizaine d’enfants dont six fréquentaient l’école de St Jean.
L’instituteur qui a ouvert l’école est installé chez le sieur Blanc Justin, propriétaire à Valescure.
À mon avis, avant d’employer les moyens extrêmes qui indisposeraient les habitants de Valescure à mon égard, il serait bon d’inviter l’instituteur dont il s’agit à fermer son école induement ouverte.
Au Bleymard, le 26 novembre 1908
L’instituteur public

2.7. Demande de réparations – 1911
Les prétentions sont très modestes (blanchissage).
On note une allusion à la politique qui motiverait, et même justifierait (sic) l’inertie du maire (a priori un « bien pensant » certainement M° Ferrand).
L’institutrice publique du Bleymard à Monsieur l’Inspecteur d’Académie de la Lozère
J’ai l’honneur de vous informer que, malgré mes nouvelles démarches auprès de M. le Maire, les réparations demandées pour mon école n’ont pas encore été faites.
Par contre, d’importantes réparations qui étaient à la charge de la Commune ont été faites, dont toutes les autres écoles.
Seul le blanchissage de ma salle de classe qui incombe au propriétaire, Médard, n’a pas été fait.
L’inertie de M. le Maire me paraîtrait injustifiable si elle n’avait pour cause des raisons d’ordre politique.
En présence d’un tel état de choses, M. le [Préfet?] ne pourrait-il pas, usant du droit que lui confère le [loi?], faire procéder d’office aux réparations les plus urgentes et les cela aux frais du propriétaire ?
Je me permets de vous rappeler à seule fin de montrer le bien-fondé de mes réclamations, que certaines pièces de mon logement n’ont pas été blanchies depuis 1903 et que la salle de classe n’a pas été blanchie depuis 1906.
Bleymard, le 13 septembre 1911
L’institutrice publique
A. Massador

2.8. Épreuves du certificat d’étude – 1940

3. Photographies
3.1. École du Bleymard – 1933
Je n’ai retrouvé qu’une seule photographie des écoliers du primaire. Elle date de 1933, j’ai connu tous ceux qui y figurent, dont mon frère, Camille, au premier rang. Fort peu (une dizaine) sont encore parmi nous, et on peut regretter l’absence des maîtres sur le cliché.

3.2. École publique du Bleymard – 1937
La photographie ci-dessus, a été vraisemblablement prise en 1937 et regroupe la minorité des filles appartenant à six familles laïques dont deux familles d’instituteurs du Bleymard.

3.3. Les écoliers du Bleymard – 1956

4. Hommage aux « hussards noirs de la république »
L’énumération ci-après ne comprend que les enseignants dont j’ai pu retrouver la trace. Elle est donc très incomplète. Entre parenthèses figure la date de naissance si elle est connue soit une date au cours de laquelle l’instituteur a marqué son passage. Ce sont ces maîtres et maîtresses d’école qui, avec des moyens dérisoires et dans un invraisemblable inconfort, ont permis la mise en place et le développement de l’école publique. Pour la plupart fils ou filles de paysans, ils ont eu pour unique ambition l’instruction et “l’élévation” de leurs élèves. La réussite totale de cette mission fut longtemps un exemple pour de nombreux pays
Liste
Boudoussier Pierre (1852 – 1862 – 1870 )
Arzalier Jules (Né 1871)
Arzalier Mathilde (Née 1876)
Peytavin Joseph (1903 – 1908)
Massador Louis ( 1 ) (Né 1878)
Quet (1911)
Massador Marie (Née 1886) St Jean
Massador Louise (Mme Raynal) (Née 1895)
Mlle Osty (1918)
M et Mme Arnal (1930)
M et Mme Bonnieu (1950)
Raynal Henri (1950) Valescure puis Collège
Raynal Annie (épouse d’Henri) (1950 = Institutrice au Bleymard
Mme Sirvins née Roudil (1960) St Jean
Doladille Augusta née Alméras (1960) Alpiers, puis Le Bleymard
M Guin (1941 – 1944)
Et les professeurs du Cours Complémentaire : Mlle Dev – M et Mme Gachon
( 1 ) La lignée des Massadors (dits Christos)
Issue d’une famille paysans (Félix Massado surnommé Christo, r né en 1841) la lignée des instituteurs est impressionnante :
– première génération : Louis né en 1878, instituteur à St Jean, au Bleymard, à Mende
Marie née en 1884 institutrice à St Jean
Louise épouse Raynal, née en 1895, institutrice au Bleymard
– deuxième génération : Jeanne Raynal ; fille de Louise, née 1923 Institutrice à Bandol (époux instituteur)
Henri Raynal, fils de Louise; né en 1925, instituteur à Valescure puis Directeur du collège du Bleymard (épouse institutrice)
-troisième génération : Dany Raynal, fille d’Henri, institutrice dans l’Hérault
Jean-Lou Raynal fils d’un autre enfant de Louise, Clément
Je ne puis clore, même provisoirement, cette page consacrée à l’école sans ajouter mon hommage personnel ni sans exprimer ma reconnaissance aux maîtres qui m’ont tant donné :
Mme Raynal qui rendait sa classe, des petits, si attrayante et savait interrompre les leçons et exercices pour nous lire des histoires merveilleuses (Ô ! « Grand Klauss et petit Klauss »)
La biche brame au clair de lune
La biche brame au claire de lune
Et pleure à se fondre les yeux :
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.Pour raconter son infortune
À la forët de ses aieux
La biche brame au clair de lune
et pleure à se fondre les yeux.… etc …
Maurice Rollimat
M. Guin, Saint laïque s’il en fut, passionné par son métier et qui, pour me donner toutes mes chances, me recevait bénévolement, dans son logement de St Jean, pour me préparer au concours des Bourses et nous accompagna, ma mère et moi, à Langogne pour ce concours sans lequel j’aurais certainement terminé ma carrière scolaire beaucoup plus rapidement.

Ces instituteurs du « primaire », « Hussards noirs de la République », considéraient leur métier comme un véritable sacerdoce. Leur combat était tourné vers l’avenir de leurs élèves avec pour immédiate ambition leur succès au certificat d’études, examen de nombreuses embuches :
- longues dictées sanctionnées par un zéro éliminatoire à partir de 5 fautes
- épreuve de calcul se référant parfois à l’actualité
Exemple d’un problème posé au Bleymard pour le certificat d’études de 1916 :
La cartouche (charge et obus) du 75 pèse environ 8 kg et revient à 30 F.
Quelle serait la dépense occasionnée et le poids de munitions nécessaires pour 12 batteries de 4 pièces de canon tirant pendant 5 minutes, chaque canon tirant 20 obus par minute.
Leur objectif, à plus long terme était de voir leurs meilleurs élèves « continuer », c’est-à-dire ne pas arrêter l’école à 14 ans, mais poursuivre, d’abord en entrant au « cours complémentaire » après avoir réussi l’examen d’entrée en sixième (DEP).
Prenaient alors la suite :
Mlle Devèze qui savait comme personne faire des mathématiques et des sciences des matières vivantes et même amusantes. Je revois encore son sourire après l’aboutissement d’une belle démonstration.
M. Bros, puis M. Gachon, pour la passion de la lecture qu’ils m’ont communiquée. M. Gachon, qui, après le brevet, n’a économisé ni son temps ni ses démarches auprès de ma mère, pour la convaincre de m’envoyer, pensionnaire, au lycée et qui lorsque je « montais » au Bleymard continuait à me prodiguer ses conseils.